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mercredi 19 novembre 2014

A0575: La maîtrise d'usage: un concept important

J'ai découvert ce matin, en écoutant des architectes et urbanistes sur France Culture, le concept de "maîtrise d'usage", qui s'ajoute au binôme traditionnel  "maîtrise d'ouvrage" et "maîtrise d'oeuvre".

Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtrise_d%E2%80%99usage

Il est effectivement né dans ces milieux d'architecture et d'urbanisme, et il est également mentionné comme intéressant pour les systèmes informatiques.

Voir aussi : http://www.maitrisedusage.eu/

J'en reproduis l'introduction.



La "maîtrise d'usage " est née de la volonté des habitants, citoyens, usagers de se situer au cœur du processus d'élaboration du Projet, aux côtés de ses acteurs traditionnels, le maître d'ouvrage, qui commande l'ouvrage, et le maître d'œuvre, qui met en oeuvre la commande. Les Conseils de Quartier sont, depuis 2002, le cadre privilégié et incitatif de cette démarche.
La participation des habitants n'est pas une nouvelle forme de concertation. Elle s'en distingue très significativement par la méthodologie, les objectifs, les effets attendus.
La maîtrise d'usage se constitue au gré des projets, le plus en amont possible. Elle demande en préalable un maître d'ouvrage acquis à la démarche participative et des habitants en formation de groupe de travail, fondé sur le volontariat et la disponibilité.
Contrairement à certains propos, la maîtrise d'usage ne constitue pas un contre pouvoir. Il n'appartient pas aux habitants de dessiner le projet, prendre les décisions ou se substituer aux autres acteurs mais de formuler , formaliser, concrétiser, sur un temps long, leurs attentes, leurs rêves ou leurs refus . Ce travail, ces réflexions, "paroles et regards" d'habitants , constituent un cahier de préconisations qui est joint au cahier des charges techniques du projet , ensuite confié au maître d'œuvre.
Les effets attendus sont multiples: l'appropriation des projets par leurs usagers, la maîtrise du coût global par une meilleure définition des attentes, la reconnaissance de l'expertise des habitants par les experts techniques, la "participativ'attitude" et le rapprochement des habitants de la Politique, c'est à dire du "vivre ensemble".
C'est l'un des objectifs essentiels du développement durable et de la vie démocratique.
C'est donc cette expérience, tirée de cas concrets, que nous proposons sur ce site.

Cela donne vraiment envie de s'intéresser à transposer cette philosophie aux systèmes d'information et au monde numérique.

Cela semble démarrer,  pour preuve cet article récent des Echos  signé par le consultant TRU DO-KHAC 









dimanche 9 novembre 2014

A0467 Entreprises et Numérique: un long chassé-croisé

Dans la lignée du livre "Des Tabulatrices aux Tablettes", (Editions Cigref-Nuvis) il est intéressant d'étudier au fil des années les positions relatives de l'informatique et de l'entreprise. Voici un début d'analyse.

On constate des aller-et retours permanents: l'informatique se développe ou innove  alternativement à l'intérieur et à l'extérieur de l'entreprise.


Epoque de la mécanographie:

Le traitement de l'information se développe à l'intérieur des entreprises

Seconde guerre mondiale

L'informatique progresse dans les laboratoires  scientifiques américains pour le projet Manhattan

Fin des années 1950, début des années 1980

L'informatique entre  doucement dans l'entreprise puis s'y développe avec vigueur

Arrivée des ordinateurs personnels (Apple, Atari ...)

L'informatique innove  chez les particuliers 

IBM PC

Les postes de travail informatiques et les architectures client-serveur se développent en entreprise

Internet

Zone mixte: les serveurs d'applications se multiplient dans les entreprises  pour des utilisateurs qui se multiplient encore plus dans le grand-public


Mobiles, Tablettes, Bracelets 

Les données naissent hors de l'entreprise


Big Data

Les entreprises rapatrient les données et les valorisent

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Cette observation d'un seul paramètre  ("où l'informatique se renouvelle-t-elle, se développe-t-elle) ne concerne qu'un facteur parmi les centaines d'autres du système complexe "numérique". Mais ce qui est notable, c'est que ce paramètre oscille en permanence entre dedans - dehors, avec une périodicité imprévisible. Qui peut dire comment ce paramètre évoluera dans les dix prochaines années ?



dimanche 22 juin 2014

A0499 De Natura Numericum: Tout change en silicium parce que rien ne change en architecture

La miniaturisation exponentielle progresse de manière continue parce que le principe, l'architecture, le plan de la machine de Von Neumann ne change pas.

Si les chercheurs passaient leur temps à découvrir des alternatives au système binaire, à l'algèbre de Boole, à la notion de microcommande, de cache, de hiérarchie de mémoire, ceux qui travaillent avec l'idée fixe et continue de dessiner des transistors de plus en plus petits et de plus en plus nombreux,  ne pourraient pas  progresser de manière aussi constante.

Il faut bien comprendre cette sorte de loi de conservation: c'est parce que l'architecture de Von Neumann ne change pas -qualitativement- que sa réalisation matérielle sous forme de circuit intégré change continuellement -quantitativement.

La progression exponentielle ne semble pouvoir s'accomplir que parce qu'elle s'exerce dans un univers simple.

dimanche 24 février 2013

A0357 L'Informatique pour les nuls: ce que l'on ne vous dit jamais

Je suis toujours surpris quand je vois des informaticiens confirmés et de qualité ne réaliser "sur le tard" que 

l'essentiel de l'activité d'un ordinateur
 consiste à déplacer de l'information
plutôt qu'à faire des calculs

Les mesures expérimentales sur la fréquence des instructions d'un ordinateur l'ont révélé depuis longtemps.
Voir par exemple:

8086 Instruction Average Frequency of Use
Move 27%
Conditional Jump 10%
Compare 7%
Push 7%
Pop 5%
Shift Left, Shift Right 5%
Loop 4%
Call 4%
Return 4%
Increment, Decrement 3%
Or, Xor 3%
Add 3%
Subtract 2%
Jump 2%
All other instructions had a frequency of use less than 2%.



Si l'on réalise que les Push, Pop, Call, Return, Jump sont en fait de purs déplacements d'information, cela fait plus de  60% des cas.

Les opérations proprement dites sont largement minoritaires, et parmi celles-ci, les  opérations logiques dominent: Shift, Or, Xor.

Les opérations "de calcul" sont vraiment réduites à la portion congrues, puisque si les additions et les soustractions totalisent 5%, leur version minimaliste -incréments et décréments- représentent 3%, et -qui plus est- servent surtout à calculer des adresses pour le déplacement de données.

On devrait enseigner cette réalité très tôt aux élèves.

Pourquoi est-elle si cachée ? Parce que l'informatique, dans sa volonté de "faire science", influencée par son complexe vis à vis des disciplines traditionnelles, attache beaucoup plus d'importance aux théorèmes, aux algorithmes, aux calculs arithmétique qu'ils n'en ont en réalité.

Cette réalité est certainement encore accentuée avec Internet et le Cloud Computing, qui passent leur temps à diffuser de l'information, à la dupliquer, à la sauvegarder.

NB. On pourra objecter à cette analyse que beaucoup de calculs sont maintenant effectués dans les processeurs graphiques, les GPU lors des opérations de compression / décompression, de rendering, de cryptage / décryptage. Mais ce sont là plus des opérations -certes essentielles- d'intendance, de logistique, de conditionnement qui restent en dehors du traitement "utile" de l'information.

A notre époque, on peut donc dire que:


L'essentiel de l'activité des ordinateurs sert à

1) déplacer DE l'information
2) SE déplacer DANS l'information

On pourrait aussi espérer que les langages de "programmation" deviennent de plus en plus des "langages de locomotion"


COBOL était un bon "langage de locomotion" -avec ses instructions MOVE et MOVE CORRESPONDING.  Prolog est certainement le meilleur à notre disposition, puisqu'il se contente d'exprimer - mais avec quelle élégance et quelle puissance- comment on décompose et recompose l'information.


Alain Colmerauer a d'ailleurs déclaré lors des Journées Recherche du Groupe Bull en 1982, à Sainte Maxime: "Prolog est destiné à remplacer Cobol". Rappelons qu'il a fait son stage de fin d'étude à Bull sur un compilateur Cobol, et qu'il a inventé Prolog pour faire de la traduction automatique, un bel exemple de pure combinaison  de déplacement d'information et de navigation dans l'information.

Attendons encore un peu ... que l'on se lasse de la dictature des langages orientés objet.

vendredi 23 novembre 2012

A0306 Conseil pour chefs de projet


Prenez des sous-traitants pour faire les erreurs à votre place

Puis prenez des consultants pour dénoncer les erreurs à votre place

(Ponce-Pilate était un bon chef de projet)

vendredi 2 novembre 2012

A0287 Affinage de mon principe d'incapacité

A mon affirmation:

"Nous ne sommes pas assez intelligents pour construire des systèmes aussi intelligents que nous"

je rajouterai:

"Mais nous sommes assez bêtes pour  croire le contraire"

et, avec moins de pessimisme:

"Nous sommes assez intelligents pour construire des systèmes auxquels nous sommes capables de nous adapter"

mardi 22 décembre 2009

A0057 Architecte de Systèmes: la leçon phénicienne

L'autre soir, Thalassa nous montrait un architecte naval de l'ile syrienne d'Arwad
Le type nous expliquait que, comme tous ses confrères, il construisait seul des bateaux de 15 à 20 mètres de long, et vite!
On imagine sa cabane de chantier, remplie de  machines et d'écrans qui font tourner Autocad, Computervision ou autres Catia.
Sauf qu'il nous dit:" je vais vite car je n'ai pas de plans: comme ça je ne perds  pas de temps à les regarder. Nous faisons comme ça dans le coin depuis plus de 3000 ans".
Suffisamment décoiffant pour inciter à remonter aux sources!

TeKton, en grec, langue apparue un peu après le phénicien, veut dire travailler le bois, construire des choses en bois  (ça veut dire aussi par glissement du sens,  manigancer, comploter: nobody is perfect)
ArKe, en grec, ça veut dire le premier, celui qui marche en tête, celui qui commande, qui conduit (ça veut dire aussi: le vieux ...)
ArKiteKton, en grec, par combinaison, ça veut dire celui qui maîtrise l'art du menuisier, du charpentier, et qui est capable de commander.
Et ça désigne d'ailleurs de manière privilégiée les architectes navals, manipulateurs de bois par excellence.

Ils avaient bien de la chance, les architectes grecs!
Ils ont bien de la chance, les architectes navals de Arwad!

Plus précisément, à qui feriez-vous le plus confiance pour architecturer votre système d'information?
Au charpentier d'Arwad, ou à un blanc-bec derrière ses écrans de spécifications UML, de simulations BPML, et de design patterns MDE,MDA,SOA ?

Question incorrecte aux yeux des manipulateurs de -langue de- bois? Mais qui invite à nous poser d'autres questions:

Tous ces préliminaires d'abstraction, modélisation, simulation, si d'un côté ils peuvent aider à réfléchir -activité qui se fait rare de nos jours, voir billet A0018- d'un autre côté ne tendent-ils pas à retarder le moment fatal, celui  où il va bien falloir que le système traite de vraies données avec de vrais utilisateurs ?

Napoléon disait:
"A la guerre comme en amour, à la fin, il faut se voir de près"

N'aurait-on pas intérêt à passer moins de temps à contempler en réunion nos schémas sous PowerPoint?

Les spectaculaires retards de certains grands programmes industriels dûs à l'informatique (réseau local du TGV Atlantique en son temps, câbles de l'Airbus A380, contrôle des moteurs de l'A400M) n'ont-ils pas pour partie leur origine dans l'écran  que les ordinateurs dressent entre le virtuel et le réel?

Quelle est la part de l'informatisation quand de très gros projets comme les porte-avions anglais s'éternisent sur des dizaines d'années, alors qu'américains et japonais avaient mis bien moins de temps à concevoir et construire sans ordinateur ceux qui s'affrontèrent dans la bataille de Midway?
Contribution de l'informatique au désarmement, diront certains.

N'y-a-t-il pas une autre manière d'utiliser l'ordinateur,  pour remettre l'homme au travail au pied du mur, plutôt que dresser un mur entre lui et la réalité?
En quelque sorte, utiliser l'ordinateur comme Amplificateur d'Intelligence" de celui qui est au pied du mur.

Et pensons encore une fois aux propos de notre phénicien:

"je vais vite car je n'ai pas de plans: comme ça je ne perds pas de temps à les regarder"